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Dunkerque abrite plus d’une centaine de maisons à ossature en bois, construites il y a plus d'un siècle. Découverte de cet étonnant patrimoine avec l'architecte Éric Stroobandt.
Eric Stroobandt Jusqu'au XIXe siècle, la ville de Dunkerque constituait un point stratégique de défense militaire. A ce titre, la ville et ses alentours étaient soumis à des règles de construction strictes et particulières. Ainsi, en périphérie des remparts, les étendues de servitudes militaires comprenaient notamment 2 zones : l'une, appelée « non aedificandi », où aucune construction n'était tolérée et une autre où seules des constructions en bois sur soubassement en brique étaient autorisées. Celles-ci pouvaient être démolies rapidement en cas d'attaque terrestre, pour permettre aux canons de défendre la ville plus efficacement. La loi Cornudet de 1919 mit fin à ces contraintes.
A ce premier paramètre, il faut ajouter que Dunkerque était le premier port français d'importation de bois scandinaves. Le négoce d'essences de résineux, légères mais résistantes, et la présence locale de charpentiers qualifiés, ont favorisé le développement de constructions en bois pendant près de 50 ans. S'ajoute à cela l'essor d'une architecture balnéaire spécifique, inspirée notamment des maisons côtières de certaines régions de Suède.
E.S. On distingue 2 types
de maisons à ossature en bois.
D'abord les maisons ouvrières mitoyennes et
étroites, qui comprennent un ou deux étages.
Certaines ont, au cours du temps, reçu un enduit extérieur, et
d'autres ont été dissimulées derrière des briques. Heureusement,
quelques unes ont conservé leur bardage à clins,
posé horizontalement et rehaussé de couleurs typiques du
bord de mer : des façades claires et des
menuiseries ou détails de nuance plus
soutenue.
Puis les villas, reconnaissables à leurs nombreux
détails ouvragés et leur allure élancée. Elles
présentent un vocabulaire architectural balnéaire,
comportant notamment des oriels (avancées en encorbellement),
balcons, bow-windows et motifs décoratifs plus travaillés en
façades. Ces demeures remarquables étaient isolées sur leur
parcelle, entourées d'un jardin, voire d'un
parc.

La villa Myosotis : premier prix d'honneur au concours d'architecture de 1900.

La villa Myosotis présente de nombreux motifs décoratifs en façade.
E.S. Ces maisons étaient construites à
partir d'une ossature à pans de bois de 12 à 14 cm
d'épaisseur. Les montants et les traverses étaient
assemblés sur site. Une lame d'air servait d'isolant et les
bardages étaient cloués, puis peints. Ainsi
édifiées, les parois n'accumulaient pas le froid et les maisons
étaient plus faciles à chauffer que des
constructions en brique par exemple.
A l'intérieur, un lattis de châtaigner recevait du plâtre en
projection. Ces choix ne relevaient pas du hasard : le châtaigner
possède des caractéristiques de durabilité avérées et le plâtre
constitue un excellent coupe-feu en cas de
besoin.
A l'extérieur, aujourd'hui encore, les villas arborent des
décors très travaillés et parfois même des
sculptures.
E.S. En effet ! Même si
certaines des bâtisses construites à cette époque
ont disparu pendant la Seconde Guerre mondiale et
que d'autres ont été détruites au cours des années 70 et 80, car la
valorisation du patrimoine « bois » et l'éco-construction ne se
situaient pas encore au centre des préoccupations
d'urbanisme. C'est dans les années 90 que la notion «
d'urbanisme durable » a commencé à
apparaître.
Les maisons en bois de Dunkerque prouvent la résistance
des matériaux utilisés (des essences naturellement
durables) et le savoir faire des artisans qui les ont
construites.
Une vue de la villa Saint Antoine.
E.S. Bien sûr. Des pièces d'appui on été remplacées ou des raccords de menuiseries ont été posés sur certaines. De même, le double vitrage a été installé et les peintures extérieures refaites sur la majorité de ces bâtiments en bois. Mais il s'agit de travaux d'entretien régulier qui permettent de revaloriser ce patrimoine.

Une maison ouvrière à un étage ayant conservé son bardage d'origine.
E.S. Faciles à chauffer et
durables, ces maisons ont relancé le débat
architectural dans une région où le matériau
traditionnel reste la brique.
En outre, leur charme, leur esthétique et leur allure en font des
édifices remarquables, tout comme leurs performances
thermiques et environnementales.
La villa Moscovite et la villa Myosotis ont été inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, à l'initiative conjointe de l'association Myosotis et de l'Assemblée pour la Défense de l'Environnement du Littoral Flandre-Artois. Cette mesure de sauvegarde a notamment permis d'éviter la démolition de la villa Myosotis. En outre, toute modification sur l'un des édifices inscrits doit désormais faire l'objet d'un accord du directeur régional des Affaires Culturelles et d'une demande de permis de construire auprès du maire de la commune.

Eric Stroobandt, Architecte
Architecte depuis 1983, Eric Stroobandt travaille notamment sur des projets de logements sociaux ou individuels. Sensibilisé au matériau bois par son grand père, il est à l’origine de l’association Myosotis, initialement créée pour sauver la villa éponyme. Cette association œuvre aujourd’hui à faire connaître le patrimoine spécifique dunkerquois.
Maison de l'Environnement de Dunkerque© 2010 CNDB / Fédération suédoise des industries forestières
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