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La salle polyvalente de Maussane-les-Alpilles été édifiée en 2005 pour accueillir une salle de spectacle et des locaux associatifs. Elle s’est insérée dans un site naturel agricole, aménagé en terrasses successives, bordé de haies de cyprès et entouré de canaux d’irrigations. Retour sur ce projet avec Daniel Fanzutti, architecte.
Daniel Fanzutti Il s'agit d'un programme typique d'une salle polyvalente de village. C'est une thématique assez contraignante qui comprend habituellement une grande salle centrale pour accueillir les congrès, les repas, les projections cinématographiques… Autour, comme des petits greffons, on trouve généralement des pièces satellites. Par exemple, l'office du traiteur et les petites salles à disposition de la mairie….
Pour cette réalisation, j'ai voulu utiliser les références morphologiques du site. C'est à dire des éléments linéaires, comme des haies de cyprès qui forgent le paysage, ou les bâtiments en longueur dans le village.
Ainsi, les équipements sont répartis sur deux longues zones se faisant face et reliées par le hall d'entrée : d'un côté la salle polyvalente et de l'autre les petits volumes. Entre les deux s'étend un grand patio, donnant accès au hall d'entrée. Ainsi l'espace du parc rentre à l'intérieur du bâtiment à travers le patio.
Cette architecture autorise une souplesse de gestion entre les deux volumes. Ainsi la grande salle peut être louée sans gêner le déroulement des activités du village dans les petites.

Une vue de la façade est du bâtiment. La construction s'inspire de la linéarité du site.
D.F. Oui. Le village de Maussane est situé en contrebas des Alpilles. Le site était fortement marqué par les activités agricoles, avec des aménagements en terrasses successives, des haies de cyprès, des canaux d'irrigation gravitaires et des canaux de drainage des eaux pluviales. Il servait de lieu de passage entre le village et les lotissements et accueillait également quelques activités sur un parc non aménagé.
Nous avons réussi à insérer l'équipement sans supprimer les voies de cheminement. La salle polyvalente se trouve dorénavant en interface avec le centre ancien datant du 19e siècle et les lotissements du 20e siècle.
En outre, les paysagistes (Martel et Michel) ont su conserver l'équilibre précaire entre les espaces semi-urbain et semi-rural. Par exemple, ils ont adapté la technique traditionnelle des canaux d'irrigation, habituellement destinée aux rizières, pour l'arrosage du terrain de foot. Ils ont mis en place des bassins d'orage, que l'on peut traverser en marchant sur de grosses pierres. Enfin, un réseau de fossés permet de gérer l'eau en cas de fortes pluies.

Le patio, semi couvert, relie les deux volumes principaux de la salle polyvalente.
j'ai souhaité relever le défi d'intégrer le bois dans ce paysage.
D.F. C'est arrivé suite à une conjonction de différents facteurs.
Tout d'abord, en Méditerranée, on constate une difficulté d'ordre culturel par rapport au bois. Ici, la minéralité et la pierre prédominent. En parallèle, j'ai remarqué la difficulté croissante à construire correctement en béton, due à une déliquescence du savoir faire dans les entreprises. Cela m'a conduit à m'orienter vers la filière sèche qui n'admet aucune approximation sur un chantier. Et donc moins d'aléas dans la réalisation.
Ensuite, parce que je souhaitais travailler avec le bureau d'études Gaujard Technologies d'Avignon, spécialisé dans le bois.
L'invitation à participer au concours pour la réalisation de la salle polyvalente de Maussane-les-Alpilles a contribué à la concrétisation de cette envie de travailler ce matériau.
Le dossier de cette réalisation avait été préparé avec l'assistance du CAUE des Bouches du Rhône qui avait bien qualifié la demande du maître d'ouvrage. J'ai observé la situation, le rapport au village et j'ai souhaité relever le défi d'intégrer le bois dans ce paysage. Je voulais montrer qu'il peut avoir une place dans la culture et le climat provençal.
D.F. Le public était très curieux, peu habitué à voir des ouvrages en bois de cette dimension dans leur région.
Au départ l'image du bois inquiétait énormément, mais je souhaitais faire la démonstration d'une intégration réussie. Il fallait que cette construction en bois prenne un caractère emblématique.
Les habitants du village ont assisté à toutes les étapes de la construction, depuis les travaux de terrassement, jusqu'à la pose du bardage en mélèze, en passant par le montage de la structure en pin et l'installation du pare-pluie. Cela leur a permis de se sentir complètement associés au projet. Maintenant que la construction est terminée, ils peuvent, comme avant, circuler dans ces prés et passer au milieu de l'édifice pour descendre au vieux village. Ils se sont tranquillement approprié les lieux.

L'espace du parc rentre à l'intérieur du bâtiment à travers le patio.
on peut souligner la qualité d'un chantier de construction en bois, plus agréable qu'un chantier maçonné.
D.F. Architecturalement, c'est un beau projet. Le travail d'intégration dans le site semi-rural, en collaboration avec les paysagistes, s'est révélé très enrichissant.
Et puis, on peut souligner la qualité d'un chantier de construction en bois, plus agréable qu'un chantier maçonné, notamment en matière d'hygiène. L'atmosphère est différente en termes de qualité de l'air, d'odeurs ou d'humidité ambiante. Par exemple, nous avons traversé une phase de travaux en juillet et en août, sous une chaleur accablante. Heureusement, les ouvriers travaillaient déjà sous couvert et une partie de l'isolation était posée. Ils ont donc bénéficié d'une qualité de fraîcheur complètement différente de celle d'un bâtiment en filière humide.
Enfin, ce projet a reçu une mention par le jury au concours des Totems 2008, pour son caractère fonctionnel, qui correspondait en tous points aux désirs de la commune de Maussane-les-Alpilles.

Le bâtiment vu du parc. La haie de cyprès s'étend perpendiculairement au bâtiment.
Nous sommes ravis d'avoir transformé cet essai. Et nous construisons aujourd'hui une école en bois à Lançon de Provence, où nous reconduisons une grande partie du travail effectué. En effet, le maire de cette commune avait été séduit par la salle polyvalente de Maussane-les-Alpilles. On constate une acceptation culturelle parmi certains élus de la question du bois comme choix de construction en Provence. Le bois peut être une réponse intéressante sur le plan architectural et sur le plan de l'identité des lieux dans cette région.
En outre, il se révèle idéal sur des chantiers d'équipement public de petite et moyenne importance qui correspondent à 90 % des besoins en France. En effet, il conjugue deux échelles intéressantes. D'une part l'industrialisation via la préfabrication des structures et/ou des façades. Un gage de qualité et de gain de temps sur les chantiers. D'autre part, la souplesse et l'adaptabilité liées à la qualité du travail artisanal. Par exemple, il est toujours possible de recouper un panneau sur place si besoin.

Daniel Fanzutti, architecte
Daniel Fanzutti est diplômé de l’école d’architecture de Saint-Etienne. Il y est aujourd’hui enseignant et y préside également le conseil d’administration.
Agence Daniel Fanzutti© 2012 CNDB / Swedish Wood / CODIFAB / FFF / France Bois Forêt
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