Face à la flambée de l'immobilier, construire soi-même sa maison en bois peut apparaître comme une solution séduisante aux yeux de propriétaires dotés d'un petit budget. Le projet est pourtant loin d'être simple, avertit LOIC DE SAINT QUENTIN, secrétaire général de l'association française des constructeurs bois.
Loïc de Saint-Quentin : Contrairement à ce que
beaucoup de gens pensent, c'est pas évident de construire soi-même
sa maison. Les gens s'imaginent que c'est quelque chose de facile.
Or la construction d'une maison en bois demande énormément de
rigueur, beaucoup de compétences et ne s'improvise pas.
Même un bricoleur éclairé, on ne peut pas lui conseiller de se
lancer dans ce genre d'aventure, parce qu'il risque très vite de...
de voir les contraintes qui lui sont imposées pour une réalisation
de qualité. Je vais vous donner un exemple tout récent : des gens
qui s'étaient lancés dans de l'autoconstruction n'avaient pas prévu
les murs de refends et la maison, au premier coup de vent, s'est
retrouvée par terre.
Sans une véritable expérience de chaque corps de métier, les risques sont en effet nombreux : mauvaise étanchéité à l'eau ou à l'air, risque d'affaissement ou de contreventement insuffisant, sans parler des problèmes d'assemblage. JULIEN CHAUZIT, fondateur de Mio'Terr, constructeur de maisons bio-climatiques, nous décrit l'un des écueils classiques de l'autoconstruction.
Julien Chauzit : Ca, c'est rigolo, on a des
clients qui des fois nous disent : regardez, vous êtes trop court
là, vous avez oublié de finir là, c'est trop court, ça repose pas.
Regardez ici là, on a mal bossé, regardez. Il y a un jour ici. Et
bien ça, c'est fait exprès. Pourquoi? Parce que la goutte d'eau, et
bien il faut qu'elle puisse circuler librement. Ici elle va
descendre sur le regingot et ça va éviter qu'elle remonte dans le
fil du bois.
Donc ça, effectivement, c'est une information, ces 5 millimètres,
si on ne connaît pas, par manque d'expérience, ou on a peut-être
pas lu la bonne information, parce qu'il y a différentes façons de
faire, pas de problème, pas de sinistre. Le bois repose sur l'eau
qui est récupérée en bas des bavettes et puis dans quelques années
l'humidité remonte, ça va commencer par des champignons, puis ça
peut aller jusqu'à des problèmes de structure.
Le constructeur a une vision globale, donc effectivement il va
avoir besoin de maîtriser les interfaces entre les différents lots
et il va anticiper dès le premier lot les besoins nécessités
réglementaires ou les besoins du particulier sur les derniers lots,
qui peuvent être les fluides ou les cloisons, ou toute la partie
second oeuvre. Et ça, effectivement, ça se conçoit dès le départ du
projet.
En autoconstruction, on se retrouve souvent à concevoir le projet
pendant la construction, construction qui est assez longue, qui va
durer 2 ans, 3 ans, dans certains cas même 4 ans, on a déjà vu ça,
alors que nous, on a plutôt des projets, une fois qu'ils sont
conçus on démarre les chantiers et en moins de six mois ils sont
livrés.
Autre inconvénient de l'autoconstruction : l'absence d'assurance, qui engendre des difficultés en cas de vente. Gérant du cabinet HD Courtage, HERVE DEFER nous en explique la raison.
Hervé Defer : Il faut toujours un recours
contre l'architecte ou le maître d'oeuvre, contre les entreprises,
contre le fabricant, et tout ceci doit être organisé, et dans le
cas d'une autoconstruction, et bien ces familles de loueurs
d'ouvrage n'existent pas, puisque l'autoconstructeur est par
essence maître d'ouvrage, maître d'oeuvre et réalisateur.
Donc aucun assureur n'accepte de donner une garantie avec une
absence totale de recours. Lorsque ça ne se passe pas bien,
souvent, c'est une voie judiciaire, et cette voie judiciaire est
excessivement, je dirais, coûteuse et aléatoire.
Et pour nombre d'apprentis constructeurs, l'aventure tourne court : certains revendent leur maison et doivent même rendre de l'argent quand les acheteurs découvrent des vices cachés.
Loïc de Saint-Quentin : On a des cas, de nombreux cas même, de maisons commencées, pas terminées, et il faut être clair : après, retrouver une entreprise compétente pour finir un chantier commencé par des gens qui n'ont pas les compétences, qui ne sont pas des gens de l'art, et bien c'est quasiment impossible.
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