À l’occasion du Forum Bois Construction 2019, architectes, ingénieurs et promoteurs de la filière bois ont été invités à réfléchir au sujet de la Tour W 350. Ce projet utopique d’immeuble grande hauteur bois devrait gratter le ciel de Tokyo à l’horizon 2030.

Immeuble grande hauteur bois, point sur la construction ?

Structure, enveloppe, confort acoustique ou sécurité incendie, la Tour W350 présente des contraintes inédites. Les techniques aujourd’hui maîtrisées et les matériaux disponibles — aussi innovants soient-ils — ne permettent pas de relever les défis qu’elle présenterait. Les professionnels sont formels, un tel ouvrage est aujourd’hui irréalisable.

Se lancer ou ne pas se lancer ? L’avis des bâtisseurs

Architectes, promoteurs ou ingénieurs, ils mènent quelques-uns des projets bois les plus ambitieux de France. Tentés par l’excitation du challenge à relever, s’ils le pouvaient, ils ne se lanceraient pourtant pas dans la réalisation de la tour W350. Ils défendent, pour la plupart, un idéal de construction plus responsable en suivant la voie du low tech. Cela signifie qu'ils promeuvent des solutions constructives simples, performantes et facilement reproductibles. Ils défendent également l’utilisation de matériaux disponibles, renouvelables et recyclables. Enfin, ils encouragent la construction en circuit court. Ils contribuent ainsi à développer une nouvelle forme d’habitat, accessible et ancrée dans les enjeux de développement durable. Les défis techniques que présente la Tour W350 sont alors incompatibles avec leurs convictions.

La Tour W350, à l’encontre du low tech

La construction bois

Dans l’esprit du grand public et des institutions, le béton est encore le matériau de prédilection des bâtisseurs d’immeubles. Le bois, quant à lui, est réservé à une construction plus artisanale. L’objectif de la filière bois est de faire évoluer les mentalités. Elle cherche à imposer ce matériau sain et durable dans la construction d’immeubles en multipliant les ouvrages exemplaires. Se concentrer sur un projet pharaonique l’éloignerait de son but.

L’humain

Le grand public réclame avant tout le confort abordable. En outre, il n’est pas toujours sensible aux prouesses techniques d’une architecture. Il paraît alors évident que la Tour W350, sensationnelle et exclusive, ne saurait répondre aux attentes de la population. Les architectes et constructeurs bois doivent rester bien attentifs aux besoins des habitants. C’est ainsi qu’ils imposeront l’immeuble à vivre bois — responsable, confortable et surtout accessible. Les immeubles grande hauteur changent également l’échelle du quartier. La ville verticale, dense et compartimentée, devient anonyme. Une tour crée de l’espace d’habitation, mais empiète sur les espaces (publics) de vie. Les habitants y vivent côte à côte et non ensemble. Or la construction bois cherche à créer du lien, entre l'humain et la matière mais également entre les personnes.

L’environnement

La construction bois est réputée pour être peu énergivore, peu émissive et générer peu de déchets. Cela est vrai pour la construction à taille humaine. À l’échelle d’un édifice de 350 m, la donne change inévitablement. Un ouvrage aussi sensationnel que la Tour W350 nécessiterait une lourde mise en œuvre qui va à l’encontre des enjeux écologique et durable du low tech. Irréalisable d’une part, paradoxale de l’autre, la Tour W350 bouscule tout de même l’univers de la construction bois. Confrontés à l’impossible, les bâtisseurs sont animés par la volonté de dépasser leurs limites. La preuve ? Il y a quelques années, la perspective de construire un immeuble de 35 m de haut était encore inenvisageable. Pourtant, les immeubles à vivre bois d’une dizaine d’étages sortent aujourd’hui de terre. Un projet tel que la Tour W350 est certes inaccessible, mais il ouvre la voie du « vivre bois » : un habitat durable, sain, confortable et surtout abordable, pensé pour l’habitant.

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