L'autoconstruction bois

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9 Feb 2012 - 
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Face à la flambée de l'immobilier, construire soi-même sa maison en bois peut apparaître comme une solution séduisante aux yeux de propriétaires dotés d'un petit budget. Le projet est pourtant loin d'être simple, avertit LOIC DE SAINT QUENTIN, secrétaire général de l'association française des constructeurs bois.

Loïc de Saint-Quentin : Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, c'est pas évident de construire soi-même sa maison. Les gens s'imaginent que c'est quelque chose de facile. Or la construction d'une maison en bois demande énormément de rigueur, beaucoup de compétences et ne s'improvise pas.
Même un bricoleur éclairé, on ne peut pas lui conseiller de se lancer dans ce genre d'aventure, parce qu'il risque très vite de... de voir les contraintes qui lui sont imposées pour une réalisation de qualité. Je vais vous donner un exemple tout récent : des gens qui s'étaient lancés dans de l'autoconstruction n'avaient pas prévu les murs de refends et la maison, au premier coup de vent, s'est retrouvée par terre.

Sans une véritable expérience de chaque corps de métier, les risques sont en effet nombreux : mauvaise étanchéité à l'eau ou à l'air, risque d'affaissement ou de contreventement insuffisant, sans parler des problèmes d'assemblage. JULIEN CHAUZIT, fondateur de Mio'Terr, constructeur de maisons bio-climatiques, nous décrit l'un des écueils classiques de l'autoconstruction.

Julien Chauzit : Ca, c'est rigolo, on a des clients qui des fois nous disent : regardez, vous êtes trop court là, vous avez oublié de finir là, c'est trop court, ça repose pas. Regardez ici là, on a mal bossé, regardez. Il y a un jour ici. Et bien ça, c'est fait exprès. Pourquoi? Parce que la goutte d'eau, et bien il faut qu'elle puisse circuler librement. Ici elle va descendre sur le regingot et ça va éviter qu'elle remonte dans le fil du bois.
Donc ça, effectivement, c'est une information, ces 5 millimètres, si on ne connaît pas, par manque d'expérience, ou on a peut-être pas lu la bonne information, parce qu'il y a différentes façons de faire, pas de problème, pas de sinistre. Le bois repose sur l'eau qui est récupérée en bas des bavettes et puis dans quelques années l'humidité remonte, ça va commencer par des champignons, puis ça peut aller jusqu'à des problèmes de structure.
Le constructeur a une vision globale, donc effectivement il va avoir besoin de maîtriser les interfaces entre les différents lots et il va anticiper dès le premier lot les besoins nécessités réglementaires ou les besoins du particulier sur les derniers lots, qui peuvent être les fluides ou les cloisons, ou toute la partie second oeuvre. Et ça, effectivement, ça se conçoit dès le départ du projet.
En autoconstruction, on se retrouve souvent à concevoir le projet pendant la construction, construction qui est assez longue, qui va durer 2 ans, 3 ans, dans certains cas même 4 ans, on a déjà vu ça, alors que nous, on a plutôt des projets, une fois qu'ils sont conçus on démarre les chantiers et en moins de six mois ils sont livrés.

Autre inconvénient de l'autoconstruction : l'absence d'assurance, qui engendre des difficultés en cas de vente. Gérant du cabinet HD Courtage, HERVE DEFER nous en explique la raison.

Hervé Defer : Il faut toujours un recours contre l'architecte ou le maître d'oeuvre, contre les entreprises, contre le fabricant, et tout ceci doit être organisé, et dans le cas d'une autoconstruction, et bien ces familles de loueurs d'ouvrage n'existent pas, puisque l'autoconstructeur est par essence maître d'ouvrage, maître d'oeuvre et réalisateur.
Donc aucun assureur n'accepte de donner une garantie avec une absence totale de recours. Lorsque ça ne se passe pas bien, souvent, c'est une voie judiciaire, et cette voie judiciaire est excessivement, je dirais, coûteuse et aléatoire.

Et pour nombre d'apprentis constructeurs, l'aventure tourne court : certains revendent leur maison et doivent même rendre de l'argent quand les acheteurs découvrent des vices cachés.

Loïc de Saint-Quentin : On a des cas, de nombreux cas même, de maisons commencées, pas terminées, et il faut être clair : après, retrouver une entreprise compétente pour finir un chantier commencé par des gens qui n'ont pas les compétences, qui ne sont pas des gens de l'art, et bien c'est quasiment impossible.

Merci à Loïc de Saint Quentin, Julien Chauzit et Hervé Defer, pour leur participation. Enquête : Ioana Sincu. Journaliste et réalisation : Anne-Claire Préfol. Montage, mixage  : Antony Noyelle. Image et son : Pierre Grillot et Antony Noyelle. Producteur : Fabrice Papillon. Production exécutive : Scientifilms.

L'autoconstruction bois

Construire une maison en bois requiert des compétences techniques poussées ainsi que des moyens matériels importants. Loïc de Saint Quentin, secrétaire général d'Afcobois, nous prévient contre les risques de l'autoconstruction, solution séduisante mais dangereuse sur de nombreux aspects. Julien Chauzit, constructeur de maisons bio-climatiques en bois, et Hervé Defer, assureur, nous font également part de leur expérience en la matière.

Fiche technique

  • Reportage : décembre 2011 et janvier 2012
  • Lieu : Paris (Ile-de-France) et Magny-Les-Hameaux (Yvelines)
  • Avec : Loïc de Saint Quentin, secrétaire général d'Afcobois, Julien Chauzit, dirigeant de la société Mio'Terr, et Hervé Defer, assureur, dirigeant de la société HD Courtage.