Pourquoi adopter de bonnes pratiques en forêt ?
Chaque année, environ 700 millions de visites ont lieu dans les forêts publiques françaises. Ce chiffre déjà conséquent ne couvre que les forêts publiques, soit seulement un quart des forêts françaises ! Cette fréquentation n’est pas uniforme : les forêts périurbaines, situées à proximité des grandes agglomérations, subissent une pression particulièrement forte. Derrière ce chiffre se cache une réalité : la forêt est un écosystème fragile qui mérite notre respect et notre protection.
Pourquoi ? Parce qu’elle abrite une biodiversité exceptionnelle. 72 % de la flore métropolitaine vit en milieu forestier, tout comme 73 espèces de mammifères, 120 espèces d’oiseaux, 30 000 espèces de champignons et autant d’insectes (source : Statistiques développement durable).
Adopter de bonnes pratiques, c’est garantir la sécurité des visiteurs et la pérennité de ce patrimoine naturel. Pour nous guider, l’ONF a créé la charte du promeneur « J’agis pour la forêt », un guide pratique pour tous les usagers.
Rester sur les chemins balisés et respecter la signalisation
En forêt, mieux vaut emprunter uniquement les sentiers autorisés. Pourquoi ? Le piétinement hors des chemins dégrade les sols et détruit les habitats naturels. Les racines des arbres, les plantes fragiles et les petits animaux qui vivent au sol en souffrent directement.
Les panneaux et les zones interdites sont là pour votre sécurité et celle de la forêt. Ils signalent des chantiers forestiers, des zones de régénération ou des espaces sensibles. Les travaux sylvicoles (c’est le nom donné à l’entretien de la forêt) nécessitent des périmètres de sécurité pour éviter les accidents.

Attention : contrairement aux forêts publiques, les forêts privées peuvent être fermées au public. En France, 75 % de la forêt appartient à des propriétaires privés qui sont libres d’autoriser ou non l’accès à leurs bois. Cette décision s’explique souvent par le manque de moyens pour sécuriser les lieux (aménagements, balisage, surveillance) ou par la volonté de préserver des zones sensibles face à l’impact du visiteur sur la faune et la flore. Avant de vous aventurer en forêt privée, vérifiez que l’accès au public est autorisé en consultant les panneaux de signalisation ou en vous renseignant auprès du propriétaire.
Attention également aux conditions météo. Les forêts peuvent être interdites au public en cas de tempête ou d’aléa climatique majeur. Dans ces moments, faites preuve de bon sens : ne vous y rendez pas et respectez les arrêtés préfectoraux.
Les chemins balisés permettent de découvrir la forêt en toute sécurité, même si le risque zéro n’existe pas.
Se protéger des risques sanitaires : tiques et chenilles processionnaires
La forêt est un environnement naturel vivant qui peut présenter certains risques sanitaires comme les piqûres de tiques ou les chenilles processionnaires. Une bonne préparation permet de profiter de vos sorties en toute sérénité.
Les tiques : un risque à prendre au sérieux
D’avril à octobre, les tiques sont particulièrement actives dans les milieux naturels, notamment dans les forêts. Ces petits acariens peuvent transmettre la maladie de Lyme par leur piqûre.
Comment se protéger ?
- Portez des vêtements longs et couvrants : pantalon long rentré dans les chaussettes, manches longues, chaussures fermées
- Privilégiez les vêtements clairs qui permettent de repérer plus facilement les tiques
- Restez sur les sentiers balisés et évitez les hautes herbes et les broussailles
- Utilisez un répulsif adapté sur les vêtements et la peau exposée
Au retour de votre promenade :
- Examinez-vous minutieusement (tout le corps, y compris le cuir chevelu, les aisselles, derrière les genoux)
- Si vous trouvez une tique, retirez-la correctement avec un tire-tique en effectuant un mouvement de rotation
- Surveillez la zone de piqûre pendant plusieurs semaines. En cas d’apparition d’une plaque rouge ou de symptômes grippaux, consultez rapidement un médecin
Les chenilles processionnaires : attention aux périodes à risque
De la fin de l’hiver jusqu’au début de l’été, c’est la période des chenilles processionnaires (du pin, puis du chêne). Leurs poils urticants peuvent provoquer des complications médicales pour les humains et les animaux : démangeaisons, œdèmes, problèmes respiratoires et allergies.
Comment réagir ?
- Ne touchez jamais les chenilles ni leurs nids
- Ne vous approchez pas des processions de chenilles au sol
- Tenez vos animaux de compagnie à distance : les chiens sont particulièrement vulnérables
- En cas de contact, rincez abondamment à l’eau claire sans frotter et consultez rapidement un médecin ou un vétérinaire
Signalez les nids : dans les forêts publiques, vous pouvez signaler la présence de nids de chenilles processionnaires à l’ONF pour qu’ils soient pris en charge.
Ne laisser aucune trace : emporter tous ses déchets
C’est la règle d’or : tout ce que vous apportez, vous le ramenez. Même un déchet biodégradable pollue la forêt. Une simple peau de banane met entre 3 et 24 mois à se décomposer. Pendant tout ce temps, elle perturbe l’écosystème en modifiant l’équilibre du sol.
Les déchets attirent aussi les nuisibles et changent le comportement des animaux sauvages. Un animal qui s’habitue à trouver de la nourriture humaine perd ses réflexes naturels.
La solution ? Prévoyez un sac pour ramener tous vos déchets : emballages, restes de pique-nique… et si vous croisez un dépôt sauvage, signalez-le aux autorités compétentes.
Prévenir les risques d’incendie : zéro feu en forêt
En forêt, l’interdiction est absolue : pas de cigarettes, pas de feu de camp, pas de barbecue. Le risque d’incendie est bien trop élevé. En 2022, 58 580 hectares ont été détruits par les incendies en France (source : Statistiques développement durable). Une surface équivalente à plus de 80 000 terrains de football partis en fumée.
Fumer ou allumer un feu en forêt est passible d’amende et de peine d’emprisonnement. Dans les départements à risque, des arrêtés préfectoraux renforcent ces interdictions. Renseignez-vous avant votre sortie.
Si malgré tout vous assistez à un départ de feu, appelez immédiatement le 18 (pompiers) ou le 112 (numéro d’urgence européen).
Respecter la faune et ne pas nourrir les animaux sauvages
Observer les animaux en forêt, c’est magique. Mais cette observation doit se faire à distance, sans chercher à les approcher ou les toucher. Les animaux sauvages ont besoin de tranquillité pour se nourrir, se reproduire et se reposer.
Ne donnez jamais à manger aux animaux. Cette pratique modifie leur comportement naturel et leur alimentation. Un animal nourri par l’homme devient dépendant et perd sa capacité à se débrouiller seul.
Si vous promenez votre chien, tenez-le en laisse, surtout pendant la période de reproduction des animaux sauvages (avril à juillet). Un chien qui court librement peut déranger les oiseaux nicheurs, les usagers de la forêt (vététiste, cavalier, chasseur…) ou encore effrayer les jeunes animaux.
Évitez également le bruit excessif qui stresse les animaux. Pendant le brame du cerf (septembre-octobre), respectez les règles de prudence : les cerfs peuvent devenir imprévisibles durant cette période.
Cueillir avec modération et responsabilité
Ramasser quelques champignons ou des châtaignes, c’est permis dans les forêts publiques, mais uniquement pour votre consommation familiale. La limite : 5 litres (1 panier) par personne.
Dans les forêts privées, c’est différent : il faut demander l’autorisation au propriétaire avant toute cueillette. Sans cette autorisation, vous risquez une amende pouvant aller jusqu’à 750 € (source : CNPF – Cueillette des champignons).
Le bois mort, lui, doit rester au sol. Il abrite des insectes, des champignons et enrichit les sols en se décomposant. C’est un élément essentiel de l’écosystème forestier.
Enfin, respectez les espèces protégées comme le houx, le gui ou le fragon. Ces plantes jouent un rôle important pour la biodiversité.
Adapter son comportement selon les activités forestières
La forêt n’est pas seulement un lieu de promenade. C’est aussi un espace de travail et de loisirs multiples. Respecter les zones de travaux forestiers et les périmètres de sécurité est essentiel pour votre protection.
Les coupes d’arbres que vous pouvez observer ne sont pas destructrices : elles font partie de la gestion durable des forêts. Chaque intervention est planifiée pour permettre à la forêt de se régénérer et de rester en bonne santé.
En cas de doute sur les travaux en cours dans un massif, contactez l’ONF de votre région ou soyez attentif aux panneaux indiquant les chantiers.
Pendant les périodes de chasse, indispensables pour maintenir un bon équilibre entre le volume de grands animaux (cervidés, sangliers…) et la flore des forêts, soyez attentifs aux panneaux signalant les chasses en cours. Adaptez votre itinéraire en fonction. Vous pouvez consulter les calendriers de chasse en ligne pour anticiper vos sorties.
Profiter des bienfaits de la forêt sur la santé, en respectant les autres usagers
Les balades en forêt réduisent le stress et l’anxiété de manière significative. Le contact avec la nature améliore la concentration et diminue la fatigue mentale.
Mais pour que la forêt reste un lieu de ressourcement pour tous, il faut respecter les différents usagers : les forestiers qui y travaillent, les chasseurs, mais aussi les autres visiteurs venus pour leurs loisirs (cavaliers, vététistes, grimpeurs près des falaises…).
La forêt est un espace de cohabitation. Les règles du « vivre ensemble » s’y appliquent comme partout. Respecter la forêt et ses usagers, c’est préserver ce lieu précieux pour tous, aujourd’hui et pour les générations futures.






