Peut-on ramasser du bois en forêt ?

Peut-on ramasser du bois en forêt ? Ce que dit la loi

Peut-on vraiment ramasser du bois en forêt sans risquer quoi que ce soit ? La réponse est claire : dans la grande majorité des cas, non. Voici ce que dit réellement la loi.

Forêt publique ou forêt privée : le bois ne vous appartient pas

Beaucoup de promeneurs l’ignorent, mais toute forêt appartient à quelqu’un. Et ce quelqu’un est le seul à pouvoir décider de ce qu’on y prélève.

Dans une forêt privée : attention au risque de vol

En France, 75 % des forêts sont privées et réparties entre environ 3,5 millions de propriétaires (source : IGN). Une forêt qui semble abandonnée, envahie de lierre, sans panneau visible… appartient toujours à quelqu’un.

L’article 547 du Code civil est clair : les fruits naturels de la terre, dont le bois, appartiennent au propriétaire de la parcelle (source : Légifrance). Cela inclut le bois mort au sol, les branches tombées et les bûches empilées en lisière.

L’absence de panneau « Propriété privée » ne change rien à cette règle.

Dans une forêt publique : même règle, mêmes interdictions

Les forêts domaniales et communales représentent 25 % du territoire forestier français. Elles sont gérées par l’Office national des forêts (ONF). Le principe y est identique : aucun prélèvement de bois n’est autorisé sans permission.

L’ONF le rappelle dans sa Charte du promeneur : même le bois mort ou les branchages au sol ne doivent pas être ramassés. Ce bois n’est pas un oubli. Il est volontairement laissé en place pour des raisons écologiques bien précises.

Le bois mort, un allié précieux pour la biodiversité

On pourrait croire qu’un tronc pourrissant au sol ne sert à rien. C’est tout le contraire.

Environ 25 % des espèces forestières animales et végétales dépendent directement de la présence de bois mort en forêt (source : ONF). Les branchages et troncs en décomposition protègent les sols de l’érosion et forment l’humus qui enrichit la forêt en nutriments.

Le bois mort abrite des insectes dits saproxyliques, c’est-à-dire qui se nourrissent de bois en décomposition, des champignons, des oiseaux qui nichent dans les cavités et des amphibiens. Pour beaucoup d’entre eux, c’est leur unique habitat naturel.

L’ONF conserve au minimum 1 arbre mort ou sénescent par hectare dans les forêts publiques, avec un diamètre minimum de 35 centimètres. Depuis 2009, 1 % des forêts domaniales est classé en îlots de sénescence : ces zones évoluent librement, sans intervention humaine, pour accroître encore la densité de bois mort.

Ramasser quelques branches peut sembler anodin ; c’est pourtant perturber des équilibres qui se construisent sur des décennies.

Des sanctions qui peuvent coûter très cher

Ramasser du bois en forêt sans autorisation n’est pas une simple incivilité. C’est une infraction pénale.

Dans une forêt privée, cela peut être qualifié de vol. L’article 311-2 du Code pénal prévoit jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende (source : Légifrance). Dans une forêt publique, l’enlèvement de bois sans autorisation constitue une contravention de 5 classe : l’amende peut atteindre 1 500 € en application de l’article L163-7 du Code forestier.

Couper des arbres sur pied sans permission expose à des peines encore plus lourdes, prévues par le même Code forestier.

Les agents de l’ONF et les agents commissionnés de l’État peuvent constater ces infractions sur l’ensemble du territoire forestier public. La méconnaissance de la loi ne constitue pas une circonstance atténuante : la règle s’applique même pour de petites quantités de bois.

L’affouage et les alternatives légales pour se chauffer

Il existe heureusement des voies légales pour se procurer du bois de chauffage issu de nos forêts.

La plus ancienne s’appelle l’affouage. Ce droit remonte au Moyen Âge : le terme vient de l’ancien français « affouer », qui signifie « allumer » (source : ONF). Certaines communes proposent encore aujourd’hui à leurs habitants de couper du bois de chauffage dans la forêt communale, moyennant une taxe modique, sous le contrôle de l’ONF. Cette pratique est régie par les articles R241-1 à R243-3 du Code forestier (source : ONF).

L’affouage est particulièrement présent dans le quart nord-est de la France, où les forêts communales sont les plus nombreuses (source : ONF). Pour en bénéficier, il suffit de se renseigner auprès de sa mairie ou de l’agence ONF de son département.

Acheter du bois directement auprès d’un propriétaire forestier ou d’un professionnel de la filière reste la voie la plus simple et la plus sûre. Le bois existe en abondance en France : il n’est pas nécessaire d’aller le chercher soi-même en forêt.

Alors, peut-on ramasser du bois en forêt ? Non, sauf dans les rares cas prévus par la loi, comme l’affouage communal. La forêt n’est pas un libre-service. Elle appartient à quelqu’un, elle abrite des équilibres fragiles, et elle est protégée par le droit. Respecter ces règles, c’est aussi contribuer à préserver un patrimoine naturel qui profite à tous.

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