Les enjeux de la préservation des forêts françaises
Préserver la forêt n’est pas « laisser faire la nature ». C’est un défi complexe qui demande de trouver le bon équilibre entre plusieurs objectifs : lutter contre le changement climatique, protéger la biodiversité et répondre au besoin des humains, en faisant vivre les territoires…
La forêt française doit jouer plusieurs rôles à la fois. En France, la forêt répond à de multiples besoins : lieu de bien-être et de loisirs, accueil pour la biodiversité (animaux, insectes, végétaux) et production de bois (matériau renouvelable pour construire, aménager son intérieur, produire de l’énergie…). Gérer les forêts durablement, c’est maintenir un équilibre entre ces différentes fonctions.
Un rempart contre le changement climatique
Nos forêts sont de véritables pompes à carbone ! En 2025, elles stockent 1 350 millions de tonnes de carbone dans leurs arbres selon l’Observatoire des forêts françaises.
Chaque hectare de forêt française retient en moyenne 82 tonnes de carbone, contre 73 tonnes en 2009.
Ce chiffre impressionnant montre que nos forêts jouent un rôle majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Chaque année, elles absorbent une partie du CO₂ présent dans l’atmosphère. Entre 2005 et 2013, nos forêts ont ainsi capturé 63 millions de tonnes de CO₂ par an, compensant environ 9 % des émissions françaises.
Mais cette capacité d’absorption ralentit depuis quelques années. Entre 2014 et 2022, le puits de carbone a diminué, passant à 39 millions de tonnes de CO₂ par an. Pourquoi ? Principalement à cause de l’augmentation importante de la mortalité des arbres, qui a doublé en une décennie. Les sécheresses répétées et les températures élevées fragilisent les arbres et favorisent les attaques d’insectes ravageurs comme les scolytes, provoquant des crises sanitaires massives (chalarose du frêne, dépérissement du châtaignier). Les incendies, comme les méga-feux de 2022 dans les Landes, aggravent également la situation en libérant brutalement du carbone dans l’atmosphère par combustion.
Un refuge de biodiversité
Les forêts françaises abritent une richesse naturelle extraordinaire ! 72 % de notre flore pousse sous les arbres, ainsi que 73 espèces de mammifères, 120 espèces d’oiseaux et près de 30 000 espèces de champignons et d’insectes.
Cette biodiversité est essentielle à l’équilibre des écosystèmes. Chaque espèce joue un rôle : les oiseaux dispersent les graines, les champignons décomposent le bois mort et enrichissent le sol, les insectes pollinisent les fleurs des arbres.
Les populations d’oiseaux spécialistes des forêts ont diminué à la fin des années 1980, mais elles se sont stabilisées au début des années 2000, selon les indicateurs de gestion durable de l’IGN. À l’inverse, les oiseaux vivant dans les milieux agricoles ou urbains continuent de diminuer fortement. Cela montre que, malgré les défis, nos forêts restent des havres de vie précieux.
Le bois mort, souvent considéré à tort comme inutile, est en réalité indispensable. Il sert d’habitat à de nombreuses espèces animales et végétales, comme les pics qui y creusent leur nid ou les insectes qui s’en nourrissent. Il faut toutefois en réguler la quantité car il peut alimenter les incendies en forêt.
Pourquoi la gestion forestière est une solution
Face aux défis inédits liés au changement climatique, les forestiers ne restent pas inactifs. Ils agissent, anticipent et innovent pour adapter nos forêts aux changements en cours. La gestion forestière durable est la clé pour répondre aux enjeux de notre époque.
La gestion durable des forêts consiste à gérer et utiliser les forêts de manière à maintenir leur diversité biologique, leur bonne santé, leur capacité de régénération et leur vitalité, tout en satisfaisant les fonctions écologiques, économiques et sociales, pour répondre aux besoins en matériaux renouvelables. Cette vision, vieille de près de 700 ans, a posé les fondements du concept moderne de développement durable. Aujourd’hui encore, cette approche porte ses fruits : en France, on ne récolte que 58 % de la production biologique annuelle de bois, ce qui permet à nos forêts de continuer à se développer tout en étant exploitées de manière responsable.
Les forestiers, qu’ils soient propriétaires privés, gestionnaires publics ou professionnels du secteur, se posent beaucoup de questions face au changement climatique. Quelles essences d’arbres planter pour qu’elles résistent mieux aux sécheresses futures ? Comment protéger les forêts des incendies ? Comment renouveler les parcelles endommagées ? Ces questions nécessitent des choix éclairés, basés sur des connaissances scientifiques solides.
Des pratiques raisonnées pour régénérer la forêt
Pour aider les forêts à se maintenir et à s’adapter aux changements climatiques, plusieurs pratiques sylvicoles et expérimentations ont été mises en œuvre :
- Les îlots d’avenir : de petites parcelles expérimentales où l’on teste de nouvelles essences pour voir lesquelles s’adaptent le mieux.
- La diversification en gestion : mélanger différentes espèces d’arbres pour renforcer la résilience de la forêt.
- La migration assistée : planter des essences venues de régions plus chaudes, mieux adaptées au climat futur.
- Le travail en pépinière : produire des plants plus robustes et résilients grâce à la sélection.
La préparation du sol avant plantation est également déterminante. Les recherches de l’INRAE ont montré qu’en cas d’étés secs, un travail mécanique du sol permet d’atteindre des taux de survie de 80 % un an après la plantation, contre seulement 50 % si le sol n’est pas travaillé.
Le rôle des certifications PEFC et FSC
La certification apporte la garantie au consommateur que le produit qu’il achète est issu de sources responsables et, qu’à travers son acte d’achat, il participe à la gestion durable des forêts. C’est là qu’interviennent les certifications forestières, comme PEFC et FSC.
En France, PEFC certifie 8,32 millions d’hectares de forêts, soit 36,1 % de la surface forestière métropolitaine (données décembre 2024). FSC, quant à elle, certifie 125 800 hectares, soit 0,71 % des forêts en France.
Adapter nos forêts aux défis de demain
Le changement climatique intensifie les aléas naturels qui menacent nos forêts : tempêtes, méga-feux, crises sanitaires causées par des hivers plus doux qui empêchent l’éradication d’une année sur l’autre et occasionne le développement de populations d’insectes ravageurs comme les scolytes, sécheresses répétées…
Ces événements sont de plus en plus fréquents et intenses. En Europe, les dégâts causés par les perturbations naturelles ont augmenté de 17 % entre les périodes 1950-2000 et 2001-2019, selon le ministère de l’Agriculture. Les tempêtes restent la principale cause de dommages (46 %), suivies des incendies (24 %) et des scolytes (17 %).
En Bourgogne-Franche-Comté, par exemple, 30 000 hectares de forêts résineuses ont été détruits ou récoltés précocement entre 2018 et 2022 à cause d’attaques de scolytes (de minuscules insectes qui se reproduisent sous l’écorce des épicéas et finissent par les tuer).
Pour l’avenir, les projections sont préoccupantes. En France, le risque d’incendie devrait fortement augmenter dans l’ouest et sur le pourtour méditerranéen. Avec un réchauffement de +4 °C en fin de siècle, la saison des incendies pourrait durer 131 jours contre 78 actuellement, et toucher 67 % du quart sud-est contre 28 % aujourd’hui.
Face à ces menaces, les forestiers adaptent leurs pratiques : surveillance renforcée, gestion du combustible (végétation basse qui favorise les feux), diversification des essences pour limiter les risques d’épidémies, et amélioration des capacités d’intervention en cas de crise.
Le bois issu des forêts françaises, acteur de la préservation
Valoriser le bois issu des forêts françaises, c’est aussi les préserver ! Lorsqu’un arbre est récolté et transformé en meuble, en charpente ou en parquet, le carbone qu’il contient reste stocké pendant toute la durée de vie du produit, parfois plusieurs décennies, ce qui contribue à lutter contre le changement climatique qui menace les écosystèmes, y compris les forêts.
Mais que faire des bois endommagés par les tempêtes, les incendies ou les maladies ? Les laisser sur place augmente les risques de nouvelles crises (propagation de maladies, risques d’incendie, relâchement de carbone dans l’atmosphère en se décomposant). Les valoriser permet au contraire d’alimenter la société en bois et de dégager des revenus pour les propriétaires forestiers, qui peuvent ensuite réinvestir dans la gestion et le renouvellement de leurs forêts.
Un exemple de valorisation récente : le bois bleu. Il s’agit de bois d’épicéa attaqué par le scolyte, un insecte ravageur, qui colonise l’arbre et introduit des champignons qui se développent jusqu’à l’aubier, générant un bleuissement caractéristique. Ces champignons n’altèrent pas les propriétés mécaniques du bois et sont bloqués lors du séchage, mais l’aspect bleuté peut subsister. Historiquement déclassé, ce bois trouve aujourd’hui de nouveaux usages grâce à un changement de regard : construction, parquets, menuiseries, ameublement et décoration. Ces marques naturelles, fruits de la vie de l’arbre, apportent authenticité et valeur ajoutée aux réalisations. Accepter ces singularités du bois dans nos intérieurs, c’est faire un geste fort pour la préservation de nos forêts françaises.
Pour anticiper à l’avenir la gestion de ces bois issus de crises sanitaires, il faudra être en mesure de détecter le plus rapidement possible les massifs forestiers infectés, assurer leurs récoltes proactives pour optimiser la valorisation des bois qui en seront issus, renforcer les capacités de transformation et de stockage, et développer de la communication et des innovations pour diriger ces bois vers des usages à longue durée de vie, plus intéressants du point de vue climatique.
Préserver la forêt : les gestes qui comptent
Chacun peut contribuer à préserver nos forêts ! Voici quelques gestes simples mais essentiels :
- Respecter les réglementations : en forêt, certaines règles protègent cet espace fragile. Respectez les panneaux, les interdictions d’accès et les consignes de sécurité.
- Être vigilant face au risque d’incendie : ne jamais allumer de feu en forêt, que ce soit un petit barbecue ou une cigarette. 9 départs de feu sur 10 sont d’origine humaine.
- Privilégier le bois certifié : en choisissant des produits certifiés PEFC ou FSC, vous soutenez une gestion durable des forêts.
- Soutenir la fabrication française et le bois issu des forêts françaises : en choisissant des entreprises françaises et un approvisionnement local, vous réduisez l’empreinte carbone liée au transport, vous favorisez la gestion durable des forêts et la valorisation de nos ressources forestières, et vous soutenez l’emploi et la souveraineté de l’économie française.
- Être respectueux de la biodiversité : la forêt est un milieu vivant qui héberge de nombreuses espèces. Ne cueillez pas de fleurs sauvages, ramassez seulement une poignée de champignons maximum et admirez la faune sans la déranger.
- Tenir son chien en laisse pendant la période de nidification (du 15 avril au 15 juillet environ) : les oiseaux ont besoin de calme pour élever leurs petits.
- Prendre conscience des usages multiples de la forêt : professionnels forestiers, promeneurs, chasseurs, cueilleurs… Chacun a sa place en forêt. Le respect mutuel est essentiel pour que tous ces usages cohabitent harmonieusement.






