Accueil > Construire > Pourquoi construire en bois ? > Pour une maison passive
Très peu polluant et très isolant, le bois est un matériau de choix pour concevoir des maisons passives. Kévin Richard, constructeur d'habitats écologiques, nous explique tout sur ces bâtiments et leurs performances énergétiques.
Kevin Richard En quelques mots, c'est une maison qui consomme le moins d'énergie possible. Différents seuils sont fixés par le label allemand Passivhaus en matière de chauffage, de consommation énergétique globale et d'étanchéité à l'air1. C'est ce label que nous suivons pour construire des maisons passives.
1Seuils Passivhaus : Les objectifs annuels par m² habitable sont de 15 kWh d'énergie finale pour le chauffage ; de 120 kWh d'énergie primaire pour tous usages confondus (chauffage, eau chaude sanitaire, auxiliaire, électrodomestique et ventilation). La limite de renouvellement d'air est fixée à 0,2 volume d'air par heure. Cela est mesuré en cours et en fin de chantier.
K.R. Au départ, nous avons
un objectif unique, celui de la performance
énergétique. Pour y parvenir, il faut passer par quelques
points essentiels :
2Confort d'été : Indique l'absence de surchauffe dans une maison très ensoleillée. On peut y parvenir en ajoutant de la masse dans l'habitat ou des casquettes et débords sur la toiture.
Nous nous imposons ces exigences, mais ce n'est pas une obligation expresse des labels. Ces points sont simplement indispensables pour nous permettre de construire des maisons passives dignes de ce nom. C'est comme porter des chaussures de course pour un marathon, c'est le bon sens qui parle.
K.R. C'est le processus de réalisation. Pour une maison traditionnelle, l'architecte dessine seul ses plans et les transmet ensuite à un thermicien qui les valide ou non. Pour une maison passive, l'architecte et le thermicien doivent tracer chaque coup de crayon ensemble. Il faut satisfaire les attentes du futur propriétaire, son budget, les performances énergétiques et composer avec la réalité du terrain. Cette étape de conception prend 1 à 2 mois.
Travailler avec le bois est idéal pour économiser de l'énergie.
K.R. Absolument.
Le label n'oblige pas à utiliser du bois, mais
là-aussi nous devançons ses exigences. Passivhaus
ne s'intéresse pas aux dépenses énergétiques faites en amont. Nous
pourrions construire avec du béton armé ou du polystyrène. Pour
autant, nous utilisons les matériaux les plus économes en
énergie
grise.
En l'occurrence, le bois est très peu polluant et
répond mieux aux désirs des constructeurs de maisons passives. Il
est peu conducteur et très étanche à
l'air. Le bois se présente généralement sous forme de
grands panneaux, ce qui offre très peu de place à l'infiltration
d'air. Travailler avec le bois est donc idéal pour
économiser de l'énergie. Autre avantage : le bois est plus fin que
des parpaings, ce qui permet de gagner une vingtaine de centimètres
de surface près de chaque mur.
C'est couplé à d'autres matériaux, comme le béton
cellulaire, que le bois se révèle le plus performant. Nous avons
l'habitude d'y ajouter des matériaux plus massifs et plus riches en
inertie pour construire très efficacement des habitats
passifs.
K.R. Le représentant français de l'institut
allemand Passivhaus, la maison
passive France, labélise régulièrement les maisons passives,
mais cela n'est pas systématique. Les plus
courants sont les labels Effinergie et Cerqual. Le label HQE quant à lui, est assez rare
en maison passive, pour la simple raison que la cible énergie n'est
qu'une partie de ses objectifs. D'autres labels existent, mais ne
sont pas toujours reconnus.
Certaines maisons passives ne sont pas labélisées, simplement parce
qu'il faut organiser des visites parfois assez longues.
La maison passive peut tout à fait s'adapter à son environnement.
K.R. Il a suffit de déplacer nos efforts de la recherche de chaleur vers la recherche de fraîcheur, avec notamment l'importance du confort d'été. Les cibles ont changé au rythme des besoins. Ainsi, la maison passive peut tout à fait s'adapter à son environnement.
K.R. La maison passive se concentre sur une faible consommation. La maison à énergie positive produit davantage qu'elle ne consomme. Ainsi, nous pouvons vérifier si une maison passive est à énergie positive grâce à un calcul simple . Si une maison de 100 m² possède 40 m² ou plus de panneaux photovoltaïques, c'est un habitat à énergie positive. Sinon, c'est une maison passive.
3Calcul simple : Une maison de 100 m² consomme environ 4 200 kWh annuels. Pour couvrir cette consommation, elle aura besoin de 40 panneaux photovoltaïques d'un m² produisant chacun environ 900 kWh annuels.
Si un ouvrier non-sensibilisé fait 15 trous de perceuse dans l'enveloppe de la maison, cela gâche tous les efforts consentis par les autres acteurs.
K.R. Pas pour le moment, et c'est assez
regrettable. L'objectif est de les former aux bonnes
pratiques sur un chantier de maison passive, et
particulièrement à l'étanchéité à l'air. Les tests
pour labéliser une maison passive tolèrent une infiltration d'air
de 0,2 volume d'air par heure. Ce chiffre correspond à une
quinzaine de trous de perceuse. En résumé, si un ouvrier
non-sensibilisé fait 15 trous de perceuse dans l'enveloppe de la
maison, cela gâche tous les efforts consentis par les autres
acteurs.
Il est difficile de faire évoluer les mentalités, mais des
projets sont en route pour améliorer cela :
Au final, c'est la responsabilité du maître d'œuvre qui est engagée. C'est à lui de faire appel ou non à des ouvriers formés, ou le cas échéant de les sensibiliser au projet de la maison passive.
K.R. C'est très rare, et cela coûte parfois plus cher que la construction. Il est souvent difficile de rénover un habitat classique en habitat passif, puisque nous sommes privés de choix basiques comme celui de l'orientation. On peut toujours faire quelque-chose pour améliorer ses performances énergétiques, mais se pose ensuite le problème de la pertinence économique. Ainsi, ce sont souvent des projets très lourds où presque toute la maison est mise en travaux pour lui offrir une vraie performance énergétique.
Nous ne pouvons pas nous passer de l'énergie solaire.
K.R. Oui ! Partout où se construisent les autres maisons. Simplement, nous ne pouvons pas nous passer de l'énergie solaire. Par exemple, on ne pourrait pas construire une maison passive sur un terrain trop ombragé par d'autres bâtiments.
K.R. La pertinence écologique nous pousse dans ce sens : il est plus efficace pour la planète de construire des immeubles passifs plutôt que des maisons passives. Avec un immeuble passif, nous faisons vivre une dizaine de familles dans une même construction. Cela est plus logique des points de vue économique, social et écologique. Le développement durable va vers l'idée de petits habitats collectifs passifs.
La maison passive sera très rentable, à occuper, à louer et à revendre.
K.R. Oui, parce que c'est une maison
performante ! Quand on achète une voiture dotée de
technologies de pointe, on consent à payer plus cher que pour un
véhicule classique. Pour les maisons, le raisonnement est le même :
une maison passive est naturellement plus chère qu'une « épave
thermique ». La différence se trouve dans les
composants : davantage d'isolants, une VMC double-flux et
des composants plus écologiques.
Pour réduire nos coûts, nous avons recours à différentes astuces.
Nous travaillons au maximum avec du préfabriqué. Le prix peut
baisser en fonction du degré de finition, de l'adaptation de la
maison au terrain et de la région de construction.
Une maison passive coûte environ 20 % plus cher qu'une maison
classique. Mais cela s'équilibre par les faibles besoins en énergie
pour le chauffage. Les prix de toutes les énergies sont reliés au
cours du pétrole, alors à terme la maison passive sera très
rentable, à occuper, à louer et à revendre.
K.R. Nous nous positionnons exclusivement sur l'immobilier écologique. Les futurs propriétaires viennent d'eux-mêmes nous rencontrer. Ils consultent notre catalogue comme une base de travail. Nos propositions sont souples et s'adaptent au terrain, à leurs exigences et à leur budget.
L'avenir de la maison passive, c'est l'immeuble à énergie positive.
K.R. Plus un habitat est écologique, plus le comportement des habitants est déterminant. En général les propriétaires savent déjà quels sont les gestes à adopter pour occuper convenablement une maison passive. A défaut, nous les formons spontanément à la façon d'aérer, de gérer les lumières et d'optimiser les consommations énergétiques.
K.R. D'une part, l'habitat passif doit changer d'échelle et s'adapter à la ville. Cela passe par des habitats collectifs très économes en énergie. D'autre part, il est intéressant pour les maisons passives d'être totalement auto-suffisantes, voire de produire plus d'énergie qu'elles n'en consomment. En liant les deux, on comprend que l'avenir de la maison passive, c'est l'immeuble à énergie positive.

Kevin Richard, Directeur des projets individuels chez Logiconfor
© 2010 CNDB / Fédération suédoise des industries forestières
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