Mais depuis quelques décennies, leurs populations ont considérablement augmenté. Trop nombreux, ils mettent en danger le renouvellement de nos forêts. Un équilibre est indispensable, et il concerne tout le monde : forestiers, chasseurs, et même les simples promeneurs.
Cerfs, chevreuils, sangliers : qui sont vraiment les grands habitants de nos forêts ?
Le cerf élaphe, le chevreuil et le sanglier sont les trois principales espèces de grand gibier forestier en France. En zones montagneuses, le chamois et le mouflon complètent ce tableau (source : OFB).
Ces animaux ne sont pas de simples habitants passifs. En broutant la végétation du sous-bois et en dispersant des graines lors de leurs déplacements, les ongulés (c’est le nom technique des animaux à sabots) participent activement à la composition floristique de la forêt (source : INRAE).
Historiquement proies naturelles du loup et du lynx, ils n’ont plus de prédateur aujourd’hui et l’homme doit donc gérer ses populations.. Et leur présence a une valeur économique et sociale, notamment via la chasse et l’observation de la faune sauvage.
Des appétits qui menacent les jeunes pousses et l’ensemble de la biodiversité forestière
Les cerfs et chevreuils ont un appétit redoutable. Ils consomment de l’herbe en premier lieu mais aussi les bourgeons, jeunes pousses et écorces des arbres en croissance. On parle d’abroutissement (manger les bourgeons et pousses) et d’écorçage (arracher des morceaux d’écorce). Ces dégâts peuvent être fatals pour un jeune arbre (source : ONF).
Les essences les plus ciblées sont souvent les plus précieuses pour la forêt : chêne, érable, frêne, sapin, épicéa, douglas.
Le sanglier, lui, agit différemment. Avec son boutoir (son groin), il retourne les sols, déchausse les racines et déterre les jeunes plants. En 2022, 7 150 hectares de forêts françaises ont été signalés comme endommagés. L’avenir de 30 % de ces peuplements est déjà compromis (source : France Bois Forêt).
Les plantations, un maillon indispensable pour la forêt de demain
La forêt se renouvelle de deux façons. Par régénération naturelle d’abord : les graines tombent, germent, et de jeunes arbres poussent spontanément. Par plantation ensuite, souvent nécessaire pour accompagner et compléter ce renouvellement (source : ONF).
La loi est claire sur ce point. Après une coupe forestière, le propriétaire doit reconstituer le couvert forestier dans les 5 ans, soit par plantation, soit par régénération naturelle (source : Légifrance).
Mais face à la pression des animaux, protéger les jeunes plants représente un surcoût de 50 à 60 % du coût de la plantation (source : ONF). Des grillages métalliques, des manchons plastiques… Ces protections coûtent cher, ne sont pas très écologiques et ne sont pas toujours suffisantes.
Adapter les forêts aux nouvelles conditions climatiques implique d’introduire de nouvelles essences. Or, ces jeunes arbres sont souvent très appréciés par le gibier, ce qui amplifie leur vulnérabilité.
Quand les populations explosent, l’impact sur la forêt est catastrophique
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 1985, le cerf élaphe occupait 25 % des surfaces boisées françaises. Il en couvre désormais 49 % (source : OFB). La population de sangliers a été multipliée par 6 en 30 ans (source : ONF).
Résultat : plus de 50 % des surfaces des forêts domaniales françaises sont aujourd’hui en situation de déséquilibre. Les forêts domaniales sont celles appartenant à l’État. Et la situation est comparable en forêt privée.
Face à ce constat, deux instances nationales d’inspection ont publié un rapport d’alerte en 2025. L’IGEDD et le CGAAER recommandent un « choc de rétablissement de l’équilibre forêts-ongulés » pour sauvegarder le renouvellement de nombreuses forêts.
Des solutions concrètes pour retrouver l’équilibre forêt-gibier
L’outil central reste le plan de chasse. Il fixe chaque année les quotas de prélèvements autorisés par espèce et par territoire. Ce dispositif est obligatoire pour le cerf, le chevreuil, le sanglier, le daim, le chamois, l’isard et le mouflon (source : CNPF).
Pour mieux orienter ces décisions, une plateforme numérique a été créée : la Plateforme nationale Forêt-Gibier. Elle permet aux forestiers de signaler en ligne les dégâts constatés sur leurs parcelles, avec une localisation GPS précise via une application mobile. Elle évalue également la pression des ongulés subie par les différents territoires. Ces données alimentent directement les décisions de plans de chasse.
L’OFB (Office français de la biodiversité) et l’INRAE développent également un tableau de bord national interactif. Il permettra de mieux évaluer l’équilibre forêt-ongulés grâce à des indicateurs scientifiques, attendu pour 2026 (source : Observatoire des forêts françaises).
Enfin, forestiers et chasseurs se coordonnent au niveau national au sein d’un Comité technique et, dans des commissions départementales et régionales de la chasse et de la faune sauvage. Ces échanges permettent d’adapter la gestion aux réalités locales de chaque territoire.
Certaines méthodes sont déjà utilisées sur le terrain pour mieux mesurer l’impact du gibier sur la forêt. La méthode Brossier-Pallu, du nom de ses deux créateurs, en est un bon exemple. Elle permet aux forestiers et chasseurs de réaliser ensemble un état des lieux précis des dégâts sur un territoire, à l’aide de fiches d’inventaire simples. Partagé entre les deux parties, ce diagnostic commun facilite le dialogue et la recherche de solutions adaptées à chaque situation. (source : CNPF).






