Mais pendant que les couleurs s’installent, les forestiers entrent dans leur période la plus chargée de l’année. Martelage (marquage des arbres à récolter ou à conserver), récolte de graines, plantations, gestion du gibier : l’automne est une saison décisive pour l’avenir de nos forêts.
Un paysage flamboyant : comprendre les couleurs de la forêt
En automne, les jours raccourcissent et la lumière diminue. Dans les arbres, une transformation silencieuse s’enclenche : la chlorophylle, le pigment vert qui permet à l’arbre de fabriquer sa nourriture grâce au soleil, se dégrade quand la lumière baisse d’intensité. D’autres pigments, jusque-là cachés derrière elle, deviennent visibles : les carotènes (orange), les xanthophylles (jaunes), les anthocyanes (rouges).
La forêt française offre l’une des palettes les plus riches d’Europe. Elle est composée à 67 % de feuillus et regroupe 190 espèces d’arbres, soit les trois quarts des essences présentes sur le continent (source : IGN). Cette diversité explique directement la palette des couleurs que l’on observe en automne.
Le hêtre, présent sur 6 millions d’hectares dans le nord de la France et en montagne, forme de vastes forêts aux feuilles dorées. Le mélèze, lui, est une exception parmi les résineux : il perd ses aiguilles chaque hiver, et vire à l’or en automne. Plus une forêt est diversifiée, plus ses teintes sont contrastées et variées. C’est aussi le résultat du travail des forestiers, qui favorisent la diversité des essences.
Le martelage : comment les forestiers choisissent les arbres de demain
Le martelage, c’est l’opération emblématique de l’automne en forêt. Équipés d’un marteau et d’une bombe de peinture, les forestiers parcourent les peuplements. Ils désignent les arbres à récolter et ceux à préserver.
Pourquoi choisir l’automne pour ce travail ? Cette saison précède la période des coupes, concentrée en hiver, avant que la sève ne remonte au printemps. C’est aussi le moment idéal pour évaluer l’état des arbres après les stress de l’été, notamment les épisodes de sécheresse. La chute des feuilles facilite également l’observation des cimes (source : ONF).
Chaque arbre marqué l’est pour une raison précise : sa valeur économique, la santé du peuplement, ou son intérêt écologique. Certains arbres sont laissés sur pied parce qu’ils jouent un rôle précis : par exemple, les vieux arbres à cavités abritent de nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes, et leur présence est essentielle à la biodiversité.
Le martelage engage l’avenir sur plusieurs générations. Un arbre désigné aujourd’hui sera peut-être récolté dans 20 ou 50 ans. C’est un acte de sylviculture, c’est-à-dire de gestion forestière, qui dépasse très largement la saison en cours (source : Statistiques Développement Durable).
Récolte des graines et plantations : semer la forêt de demain
L’automne est aussi la saison des graines. Faînes du hêtre, glands du chêne, samares de l’érable… Chaque essence produit ses fruits à maturité à cette période. Les forestiers organisent leur récolte dans des forêts sélectionnées pour la qualité de leurs peuplements.
Ces graines sont ensuite acheminées vers des sécheries spécialisées. La sécherie de La Joux, gérée par l’ONF, en est un exemple concret : les graines y sont séchées, traitées, puis conservées en chambres froides avant distribution aux pépinières forestières.
Les plantations démarrent à partir d’octobre, mais c’est à partir de fin novembre que s’ouvre la fenêtre idéale de plantation. Le sol est encore chaud, non gelé, et les jeunes plants s’enracinent dans de meilleures conditions et abordent l’hiver avec davantage de solidité.
En France, 87 % des surfaces forestières se renouvellent naturellement. Les 13 % restants nécessitent des plantations, notamment pour introduire des essences mieux adaptées aux conditions climatiques futures, dans ce qu’on appelle la migration assistée (source : ONF).
La biodiversité forestière en automne : une richesse à protéger
La forêt française est l’écosystème terrestre le plus riche du pays. Elle abrite 72 % des espèces de la flore française, 73 espèces de mammifères et 120 espèces d’oiseaux (source : France Bois Forêt).
En automne, les forestiers veillent à ne pas perturber ces habitats lors de leurs interventions. Le bois mort et les arbres sénescents, c’est-à-dire les vieux arbres en fin de vie naturelle, sont souvent conservés volontairement. Ils abritent jusqu’à 25 % de la biodiversité forestière : insectes, oiseaux cavernicoles, ou encore champignons décomposeurs (source : IGN).
Les plantations automnales jouent aussi un rôle direct pour la biodiversité. Diversifier les essences (quand c’est possible), c’est offrir des habitats plus variés à la faune et à la flore. Et c’est aussi rendre la forêt plus résistante aux maladies, aux tempêtes et aux sécheresses (source : France Bois Forêt).
La chasse en automne : un outil clé pour l’équilibre forêt-gibier
L’automne marque aussi l’ouverture de la chasse, un outil de gestion nécessaire en forêt.
Les ongulés (principalement les cerfs, chevreuils et sangliers) ont leur place dans l’écosystème forestier. Ils participent aux chaînes alimentaires et à la dispersion de certaines graines. Les sangliers peuvent aussi retourner les sols, ce qui crée parfois des espaces favorables à la germination.
Le problème apparaît lorsque ces populations deviennent trop nombreuses. Sur une grande partie du territoire, les grands prédateurs naturels ne suffisent plus à réguler leurs effectifs. La chasse devient alors l’un des principaux outils pour maintenir un nombre d’animaux compatible avec le renouvellement de la forêt
Les chiffres donnent la mesure du problème. Plus de 50 % des forêts domaniales françaises sont aujourd’hui en situation de déséquilibre entre le nombre d’ongulés et la capacité de régénération forestière. Le cerf occupait 25 % des surfaces boisées en 1985 ; ce chiffre dépasse 49 % en 2019. La population de sangliers a été multipliée par six en trente ans.
C’est donc le déséquilibre, et non la présence de ces animaux, qui pose problème. Lorsque leurs populations sont trop importantes, ils broutent une grande quantité de jeunes pousses. Ce phénomène s’appelle l’abroutissement. Ils peuvent aussi arracher l’écorce des troncs ou déterrer les plants en retournant le sol. Les jeunes arbres issus des plantations automnales et de la régénération naturelle sont les premiers concernés.
Pour les forestiers, la conséquence est concrète : la surpopulation d’ongulés augmente de 50 à 60 % le coût des plantations forestières. Des protections supplémentaires deviennent nécessaires, comme des gaines, des clôtures ou des répulsifs.
L’équilibre sylvo-cynégétique, soit l’équilibre entre la forêt et les populations de grand gibier, est d’ailleurs un objectif inscrit dans le Code forestier. Forestiers et chasseurs travaillent ensemble pour que cet équilibre soit respecté, au service de la forêt de demain (source : ONF).






