Feu de forêt

Les feux de forêt en France : comment les prévenir ?

Chaque été, les images de forêts en flammes reviennent. Et pour cause : le risque d’incendie de forêt en France est réel, documenté, de plus en plus présent avec le réchauffement climatique et en partie évitable.

Car derrière ces catastrophes en apparence naturelles, l’activité humaine demeure la principale cause de départ de feu de forêt.

Les chiffres clés pour comprendre l’ampleur du risque

En 2026, plus de 117 000 ha ont brûlé en France depuis le début de l’année, dépassant le précédent record de 2022. 

Deux régions concentrent historiquement ce risque : le pourtour méditerranéen et les forêts d’Aquitaine, notamment les Landes de Gascogne. Ce sont elles qui, depuis plusieurs décennies, ont développé les politiques de prévention les plus avancées. Résultat : grâce à la politique de défense des forêts contre l’incendie (DFCI), les surfaces brûlées en zone méditerranéenne ont reculé d’un facteur 3 entre les années 1980 et la décennie 2014-2023.

L’été 2026 l’a montré avec force : les incendies ont durement touché les territoires historiquement exposés, comme la Gironde, les Landes, le Var et l’Aude. Dans le massif des Landes de Gascogne, les feux de Saumos et de Biscarrosse ont parcouru respectivement environ 42 000 ha et 3 500 ha (source : CNPF).

Mais ce même été a aussi confirmé l’extension géographique du risque. Des incendies ont touché des territoires moins habitués à de tels événements, notamment la Seine-et-Marne avec la forêt de Fontainebleau, l’Indre, la Côte-d’Or, le Pas-de-Calais et plusieurs départements bretons. Dans la forêt domaniale de Fontainebleau, près de 2 000 ha ont été parcourus par les flammes (source : ONF).

Aujourd’hui, 1 commune sur 6 est classée à risque d’incendie en France. Ce chiffre pourrait atteindre 1 commune sur 2 d’ici 2050-2060. Cela s’explique principalement par les effets du changement climatique, qui aggravent les conditions sur le terrain : sécheresses prolongées, végétation plus sèche, périodes à risque plus longues. En région méditerranéenne, les surfaces brûlées pourraient encore augmenter de 60 % d’ici 2050.

9 incendies de forêt sur 10 sont causés par l’Homme

La foudre est la seule cause naturelle d’incendie de forêt en France métropolitaine. Cette cause reste toutefois assez rare, la grande majorité des feux de forêt venant de l’activité humaine (source : BDIFF/IGN).

70 % de ces feux d’origine humaine sont accidentels et résultent d’activités du quotidien : chantiers de BTP, travaux agricoles, réseaux électriques, mégots mal éteints, barbecues, incinérations de déchets verts. Les 30 % restants sont des actes de malveillance.

En majorité, des départs de feux ont lieu à proximité des habitations ou des axes de transport : routes, voies ferrées, lignes électriques. Quatre facteurs amplifient le risque : 

  1. le changement climatique
  2. l’augmentation de la présence de forêt par endroit, et donc de bois
  3. l’urbanisation croissante aux interfaces forêt-ville.
  4. la surfréquentation des massifs forestiers qui multiplie les occasions de départ de feu

Les bons réflexes pour ne pas déclencher un incendie

Ne pas fumer en forêt, ne jamais jeter un mégot depuis un véhicule : c’est le premier réflexe à adopter. Depuis la loi du 10 juillet 2023, il est interdit de fumer dans les bois et forêts, ainsi que dans un périmètre de 200 m autour d’eux, pendant la période à risque d’incendie fixée par arrêté préfectoral. Selon les départements et le niveau de danger, cette interdiction peut s’appliquer pendant la période estivale ou être prolongée. Un mégot mal éteint peut mettre le feu à la végétation en quelques secondes.

Bannir les feux de camp et les barbecues en forêt ou à proximité, quelles que soient les conditions météo. Les travaux avec des engins à moteur (hors chantier forestier encadré) ou des incinérations de végétaux doivent se faire à l’écart des zones boisées, hors périodes à risque.

Les propriétaires concernés par les obligations légales de débroussaillement (OLD) doivent débroussailler sur une profondeur d’au moins 50 m autour de leur habitation. Cette obligation s’applique aux constructions situées dans ou à moins de 200 m de certains massifs forestiers, landes, maquis et garrigues classés à risque d’incendie. La distance peut être étendue à 100 m par décision du maire ou du préfet.

Le débroussaillement permet de ralentir la progression des flammes et de faciliter l’intervention des secours. Les chiffres sont éloquents : 90 % des maisons détruites lors des feux de forêt se situent sur des terrains pas ou mal débroussaillés. Depuis le 1er janvier 2025, les propriétaires doivent aussi informer les acquéreurs et les locataires lorsque leur bien est situé dans une zone soumise aux OLD. Cette information figure dès l’annonce immobilière et dans l’état des risques remis au moment de la transaction, notamment dans le dossier notarial.

Pour savoir si une habitation est concernée, il est possible de consulter la carte dédiée sur Géorisques.

En cas d’incendie déclaré : appeler le 18 ou le 112, s’éloigner de l’axe principal de propagation, et respirer à travers un linge humide (source : Ministère de l’Agriculture). La Météo des forêts, disponible de juin à septembre, informe chaque jour sur le niveau de danger département par département.

Ce que font les forestiers pour protéger et aménager nos forêts

La Défense des forêts contre l’incendie (DFCI) réunit propriétaires forestiers, ONF, CNPF, collectivités et État. Son rôle dépasse la seule gestion de la végétation. Elle s’appuie sur trois piliers : réduire la vulnérabilité des massifs en agissant sur les combustibles, cartographier les points d’eau disponibles, et créer un réseau de pistes DFCI. Ces pistes permettent aux pompiers d’accéder rapidement à n’importe quel point du massif en cas de feu.

Les sylviculteurs créent et entretiennent des coupures de combustible, appelées pare-feux. Ces bandes de végétation traitée, larges d’au moins 100 m, compartimentent les massifs pour freiner la propagation des grands incendies.

Débroussaillement, élagage des branches basses, éclaircies, brûlages dirigés : ces travaux réduisent la quantité de végétation inflammable et facilitent l’intervention des secours. Dans les Landes de Gascogne, 218 associations syndicales autorisées (ASA) regroupant 55 000 propriétaires forestiers quadrillent 1,25 million d’hectares grâce à 44 500 km de pistes, 17 000 km de fossés et 9 500 points d’eau (source : Ministère de l’Agriculture). La reconstitution de la forêt landaise suite aux incendies de l’été 2026, engagée avec des essences adaptées au changement climatique, représente désormais l’un des plus importants chantiers de reboisement de l’histoire forestière française récente.

L’ensemble des acteurs de la filière travaillent ensemble à améliorer la prise en compte du risque incendie : comment mieux anticiper les situations à risque, comment renforcer les dispositifs de surveillance, comment optimiser la coordination entre tous les intervenants quand un feu se déclare. Ces travaux portent autant sur la prévention en amont que sur l’efficacité de la réponse sur le terrain.

Ce chantier s’inscrit dans une réflexion plus large pour adapter nos forêts aux nouvelles conditions climatiques, à laquelle la filière forêt-bois est largement associée. Choix des essences, renouvellement des peuplements, pratiques sylvicoles, reconstitution après sinistre : face au changement climatique, la forêt française doit évoluer, et la filière est au cœur de ce travail de long terme.

Au-delà de ces actions de terrain, c’est une gestion forestière dynamique qui fait la différence sur le long terme. Une forêt régulièrement entretenue, dont le propriétaire anticipe le risque incendie dans ses choix de gestion, est bien moins vulnérable qu’un massif laissé en libre évolution.

Quand le feu se déclare, les forestiers aux côtés des pompiers

La stratégie française repose sur l’attaque rapide des feux naissants. Tout incendie doit être combattu dans les 10 minutes suivant sa détection, avant d’avoir parcouru 1 ha (source : Observatoire des forêts françaises).

L’ONF mobilise près d’un millier de forestiers spécialisés. Ils patrouillent les massifs, détectent les départs de feux, alertent et orientent les secours. Mais leur rôle ne s’arrête pas là : lors des interventions, ils apportent aux pompiers une connaissance fine du terrain, des accès, des points d’eau, des zones à risque. Sur un feu en cours, cette expertise peut faire gagner un temps précieux (source : Ministère de l’Agriculture).

La surveillance des massifs mobilise aussi des milliers de bénévoles. Dans les forêts publiques, 10 000 membres des comités communaux feux de forêt (CCFF) guident les secours et informent le public tout l’été. Dans les forêts privées de certaines régions, de très nombreux bénévoles assurent également une veille active : détection précoce des fumées, alerte rapide, connaissance du territoire local. Ces deux réseaux forment un maillage de vigilance qui couvre une grande partie du territoire exposé.

Après le sinistre, les forestiers sécurisent les zones, coupent les bois brûlés, posent des fascines contre l’érosion, puis reconstituent progressivement la forêt avec des essences adaptées au changement climatique, grâce à des outils comme ClimEssences et BioClimSol.

La stratégie nationale de défense des forêts, publiée en juin 2025, fixe des objectifs partagés entre tous les acteurs, de la prévention à la reconstitution post-incendie.

La loi du 10 juillet 2023 est la première loi dédiée spécifiquement à la prévention et à la lutte contre l’intensification du risque incendie. Elle ne se limite pas à une mesure : c’est un texte transversal qui touche à l’urbanisme, à la biodiversité, à l’aménagement du territoire et à la gestion forestière (source : Observatoire des forêts françaises).

Parmi ses dispositions clés : l’abaissement à 20 ha du seuil à partir duquel un propriétaire forestier doit disposer d’un Plan Simple de Gestion (PSG). Concrètement, davantage de propriétaires sont désormais tenus de gérer leur forêt de façon active et documentée, ce qui réduit directement la vulnérabilité des massifs au feu. La loi prévoit aussi la cartographie obligatoire des pistes DFCI pour faciliter l’intervention des pompiers sur l’ensemble du territoire exposé.

Les obligations légales de débroussaillement (OLD) font également partie de ce dispositif. Depuis le 1er janvier 2025, les acheteurs et locataires de biens situés en zone soumise aux OLD doivent en être informés à chaque étape de la transaction.

Les Plans de protection des forêts contre les incendies (PPFCI) constituent des documents de planification obligatoires à l’échelle départementale dans les territoires les plus exposés. Ils organisent la réponse collective, de la prévention à la gestion de crise.

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