Mais dans certains cas, cette régénération ne suffit pas. Après certaines coupes, sur un terrain sans arbres semenciers, ou face au changement climatique qui fragilise certaines essences, les forestiers choisissent de planter. Les bonnes espèces, au bon endroit, avec la bonne méthode. Un acte technique qui engage la forêt pour plusieurs décennies.
De la bêche au tracteur : une discipline en pleine évolution
Pendant longtemps, planter un arbre en forêt, c’était l’affaire d’un homme, d’une bêche et d’un plant dans la main. Cette image n’a pas complètement disparu : la plantation manuelle reste courante sur les petites surfaces et les terrains difficiles d’accès. Mais les pratiques ont largement évolué.
Aujourd’hui, les forestiers s’appuient sur des machines spécialisées, qui permettent d’intervenir sur de grandes surfaces avec précision. La période de plantation reste, elle, bien délimitée : d’octobre à mai, hors gel et hors sécheresse (source : Ministère de l’Agriculture).
Il existe même un dicton qui a traversé les siècles : « À la Sainte-Catherine, tout prend racine. » Le 25 novembre marque l’entrée dans la fenêtre idéale. Les sols sont encore souples, les plants encore dormants, et les conditions climatiques sont favorables. Les forestiers, eux, ne se fient pas qu’à une date : ils raisonnent selon le type de plant, le sol, les conditions climatiques et la station forestière.
Racines nues, motte ou godet : choisir le bon point de départ
Avant de creuser, les professionnels choisissent la forme du plant à mettre en terre. Ce choix conditionne directement les chances de reprise.
Le plant à racines nues est la forme la plus répandue. Il convient parfaitement aux feuillus comme le chêne. Ses racines sont à l’air libre : elles ne doivent jamais sécher entre la pépinière et le terrain. Le transport se fait vite, la mise en terre aussi.
Le plant en motte ou en godet (dit « plant en conteneur ») conserve la terre autour des racines. Recommandé pour les résineux, les sols filtrants ou les régions à longue saison sèche, il permet aussi de prolonger la saison de plantation bien au-delà de la fenêtre hivernale (source : CNPF).
Ces plants sont produits en amont par des pépiniéristes forestiers spécialisés. Ce travail de sélection et de production est déjà, en soi, un premier acte sylvicole.
Préparer le terrain, une étape qui change tout
Un plant, aussi bien choisi soit-il, ne peut s’installer que sur un sol bien préparé. Plusieurs techniques existent selon la configuration du chantier.
Le broyage des rémanents (les débris de coupe laissés sur place) est la plus courante. Il peut se faire sur toute la surface ou en bandes. Il produit également un paillage naturel qui maintient l’humidité du sol, précieux lors des étés secs.
Le sous-solage consiste à creuser une raie profonde jusqu’à 60 cm pour décompacter le sol et favoriser la pénétration racinaire. Il est déconseillé sur les sols argileux ou limoneux.
Le potet travaillé est une préparation localisée autour du seul emplacement du plant : un carré de 40 cm de côté, travaillé sur 30 cm de profondeur. Plus respectueux des sols, il se développe notamment grâce aux mini-pelles forestières (source : Ministère de l’Agriculture).
Autre technique qui se développe : le maintien d’un couvert végétal entre les zones plantées. Ces herbes et arbustes protègent les jeunes plants de la chaleur lors des épisodes de canicule. La végétation accompagnatrice, loin d’être un problème, peut devenir un allié.
Comment mettre un plant en terre ?
C’est le geste central. Il existe plusieurs façons de le faire, selon la nature du sol, l’essence plantée et la taille du chantier.

La plantation en fente : rapide et traditionnelle
La fente, c’est un trait de bêche dans le sol pour créer une ouverture étroite, sans extraire de terre. On y glisse le plant jusqu’au collet, qui est la zone de transition entre la tige et les racines d’un plant. Rapide, efficace sur les sols meubles bien préparés.
Plusieurs variantes existent. La fente simple (un seul trait), la fente double (deux traits croisés) et la fente en T, réalisée à la houe forestière, un outil à long manche muni d’une lame pour ouvrir le sol. C’est cette dernière qui est la plus recommandée : elle permet un meilleur étalement des racines et limite les risques de déformation racinaire (source : CNPF).
La plantation en fente est à éviter sur les sols pierreux, compacts ou très argileux.
La plantation en potet : plus méticuleuse, pour de meilleures reprises
Le potet de plantation, c’est un trou creusé à la bêche ou à la houe : 20 à 30 cm de côté et de profondeur. Les racines sont soigneusement étalées au fond, puis rebouchées et tassées.
Avant de planter, les racines trop longues ou abîmées sont raccourcies au sécateur. C’est ce qu’on appelle l’habillage. Il évite tout repliement des racines au fond du trou, ce qui compromettrait la reprise.
Le semi-potet est une variante intermédiaire : le sol est ameubli localement sans extraction de terre. Plus rapide, tout aussi efficace pour garantir un bon contact racines-sol (source : Ministère de l’Agriculture).
La plantation mécanisée : quand la technologie rejoint la sylviculture
Sur les grandes superficies de plantation, les forestiers utilisent des machines planteuses tractées. Elles creusent, insèrent et referment en une seule passe. Utilisées principalement pour les résineux sur de grandes surfaces, elles permettent de gagner du temps sans sacrifier la précision, ni dégrader les sols.
Les mini-pelles équipées d’outils spéciaux permettent d’intervenir sur les terrains en pente ou couverts de végétation dense. Elles perturbent peu les sols tout en garantissant une mise en terre soignée.
Quelle que soit la méthode, la qualité de la mise en terre reste déterminante : profondeur du collet, étalement des racines, tassement. Ces chantiers sont réalisés par des entreprises de travaux forestiers spécialisées (source : France Bois Forêt).
Quand la réussite ne dépend pas que de la technique
Même une plantation parfaitement réalisée peut échouer. La sécheresse estivale est le premier facteur de mortalité des jeunes plants. Elle représente environ 90 % des pertes dues aux conditions naturelles de l’environnement, comme le manque d’eau, le gel ou les fortes chaleurs.
Sur la période 2007-2023, près de 19,9 % des plantations étaient en échec et 12,4 % des plants étaient morts (source : Observatoire de la santé des forêts). Les années de forte sécheresse, comme 2015, 2018 ou 2022, concentrent les résultats les plus défavorables.
2024 offre un contraste saisissant : année climatiquement plus clémente, seulement 15 % des plantations étaient en échec, avec un taux de reprise de 95 % au printemps (source : CNPF).
Après la plantation, le travail ne s’arrête pas. Les forestiers interviennent pendant 3 à 5 ans : dégagement de la végétation concurrente (ronces, fougères), pose de protections individuelles contre les dégâts du gibier, suivi sanitaire régulier. C’est dans cette durée que se joue la vraie réussite.
Planter des arbres en forêt est une opération technique, bien différente de la plantation d’un arbre dans un jardin. Le choix des essences, la préparation du sol, la période de plantation et la méthode de mise en terre doivent être étudiés avec soin.
Un projet de plantation doit donc être accompagné par un professionnel de la forêt : gestionnaire forestier, expert forestier ou coopérative forestière. Il adapte les choix au sol, au climat et aux conditions du terrain, ainsi qu’aux objectifs du propriétaire et à l’avenir de la forêt.






